Le don, cette force discrète qui fait vivre Caux
Un blog par Ignacio Packer, directeur exécutif, Caux Initiatives et Changement
17/03/2026
Dans un monde qui vacille, ce qui fait tenir les lieux de rencontre et d’espérance est souvent invisible. À Caux, cette force discrète a un nom : le don. Dans ce blog, Ignacio Packer, Directeur exécutif de la Fondation Caux Initiatives et Changement, propose une réflexion sur l’importance du lien humain, des lieux d’inspiration comme le Caux Palace, et sur ce qui leur permet, dans la durée, de continuer à porter leur mission.
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Lausanne, 15 avril 2026
Ce matin, j’écris ces lignes en regardant le Léman. L’eau est calme, presque immobile, et le soleil joue avec la surface du lac qui scintille doucement. Il y a dans cette lumière quelque chose de paisible.
Le dimanche a souvent cette qualité particulière pour moi : un moment où je ralentis, où je prends du recul, où je laisse les choses décanter. Ce matin, j’ai participé au rendez-vous des membres de Reso, la communauté créée par le philosophe et écrivain Fabrice Midal. Depuis de nombreuses années, il explore la méditation, l’attention et la manière de vivre avec plus de présence dans un monde souvent agité. Je fais partie depuis peu de cette communauté, et ces rencontres ouvrent souvent des espaces de réflexion inattendus.
Ce matin, l’une des questions portait sur le don. Et cette question m’a rejoint dans un moment particulier.
Les nouvelles du monde continuent d’arriver. La situation du Liban dont me parlait hier mon amie Roweida depuis Beyrouth. L’échange avec une amie iranienne qui me racontait la réalité de son pays d’origine. Des guerres qui s’étendent ou s’enlisent. Des sociétés fragilisées. Des peuples déplacés. Parfois, j’ai le sentiment que les tensions dépassent notre capacité collective à les contenir.
Face à cela, une tentation existe : celle du cynisme. Ou celle de l’habitude. Comme si, peu à peu, nous risquions de nous accoutumer à l’impensable.
Je reste profondément convaincu que nous ne pouvons pas nous résoudre à cela. Nous pouvons choisir autre chose : rester curieux.ses, attentif.ve.s, ouvert.e.s. Continuer à chercher, à comprendre, à relier. Rester engagé.e.s, capables d’espérance. Avancer avec ce que j’aime appeler depuis plus de vingt-cinq ans « un équilibre en avant » : un mouvement qui nous pousse à rester connectés à nous-mêmes, aux autres et au monde, même lorsque celui-ci vacille.
Au Caux Palace, notre centre pour le dialogue et la construction de la confiance, les réseaux sociaux encouragent en ce moment les inscriptions aux Forums de cet été. Peut-être est-ce pour cela que je pense aussi à toute l’équipe qui prépare ces rencontres avec une énergie considérable et souvent un temps non compté.
Je pense aussi à cette semaine qui s’est annoncée, avec la rencontre « Penser l’art pour guérir les blessures », organisée à Genève dans le cadre des Rencontres Arts et Paix de Caux. Elle a réunit le réalisateur et artiste libanais Michel Abou Khalil et la médecin, écrivaine et galeriste Barbara Polla, dans une conversation animée par la journaliste Luisa Ballin.
Autant de voix qui explorent comment l’art peut ouvrir des chemins de guérison face aux blessures du monde. Autant de moments où l’on essaie, modestement mais résolument, d’ouvrir des espaces de dialogue et d’écoute.
C’est aussi ce qui m’a donné envie de reprendre un blog que je laissais depuis quelque temps en chantier, autour d’une question simple mais essentielle : la compréhension du don.
Car à Caux, plus j’observe ce qui se vit depuis 80 ans, plus je réalise que le don n’est pas seulement un geste ponctuel. Il est l’un des éléments les plus profonds de ce qui rend possible ce que nous essayons de construire ensemble.
Le don n’est pas seulement un geste ponctuel. Il est l’un des éléments les plus profonds de ce qui rend possible ce que nous essayons de construire ensemble.
Quand on regarde les Caux Forums, on voit les programmes, les intervenants, les ateliers, les arrivées et les départs, les affiches et les longues listes de tâches. Mais sous tout cela, il y a quelque chose de plus discret et peut-être de plus essentiel : le don. Et cela me faisait penser à cette intuition de Fabrice Midal entendue ce matin : « Le don n’est pas d’abord une obligation morale, ni un effort héroïque. Il naît quand on se sent touché, concerné, relié. Il devient alors une manière d’habiter le monde. »
À Caux, cette idée prend des formes très concrètes.
Il y a d’abord le don de la parole.
Des intervenantes et des intervenants qui acceptent de venir, parfois de loin, pour offrir bien plus qu’une expertise : une expérience, une conviction forgée dans l’épreuve, une part de leur propre chemin. Dans un monde saturé de commentaires, une parole juste et habitée est déjà un cadeau fait à la communauté.
Il y a aussi le don du temps.
À Caux, le travail ne se compte pas seulement en heures : il vient du cœur. Nos nombreux.ses bénévoles donnent généreusement de leur temps, de leur énergie et de leur attention, contribuant à faire de chaque événement un véritable succès. Leur engagement est discret mais essentiel, et nous en sommes profondément reconnaissant.e.s.
Et je sais que je ne suis pas le seul à le ressentir. Ici, tant de personnes offrent bien plus que leur présence : de la patience, du soin, et une attention authentique aux autres. Je me souviens de ma collègue qui me disait après un été riche en événements et en émotions : « Je sais pourquoi je le fais.
Il y a aussi le don financier, sans lequel beaucoup de choses resteraient de belles intentions. Faire un don à Caux ne se limite pas à la restauration d’un bâtiment historique, même si ces travaux - comme ceux concernant le mur de soutènement - sont essentiels pour préserver le Caux Palace.
Chaque contribution aide à maintenir ce lieu vivant, dédié au dialogue, à la confiance et à la paix, et à garantir qu’il continue d’accueillir des visiteur.euse.s, d’organiser des événements porteurs de sens et d’inspirer les générations futures.
En plus, notre Fonds de solidarité permet à des personnes qui n’en auraient autrement pas les moyens de participer : des jeunes engagé.e.s, des voix venues de contextes fragiles, des acteurs et actrices de terrain qui ont beaucoup à apporter mais peu de ressources pour voyager. Offrir un soutien financier, c’est donc bien plus qu’un geste matériel : c’est donner une possibilité, une place à table, une chance de rencontre.
Au fond, le Caux Forum repose sur une véritable chaîne de générosité. Les uns donnent leur parole, d’autres leur temps, et d’autres encore leurs moyens pour que cette aventure reste ouverte et vivante. Ici, le don ne se réduit pas à un geste ponctuel : il devient un moyen de faire vivre une communauté reliée par la curiosité, l’engagement et le désir de construire un monde plus juste.
À Caux, le don devient une manière de faire vivre une communauté de personnes reliées entre elles.
Depuis plus de 80 ans, la Fondation de Caux essaie de créer ce type d’espace : un lieu où les blessures peuvent être reconnues, où des ponts peuvent se reconstruire, où des personnes très différentes peuvent se rencontrer autrement.
Rien de cela n’existe sans générosité. Alors à celles et ceux qui donnent déjà — de leur présence, de leur écoute, de leur travail, de leur confiance ou de leurs ressources — j’ai simplement envie de dire: merci. Et à celles et ceux qui se demandent s’ils pourraient, eux aussi, prendre part à cette aventure, la réponse est: oui.
Le don prend mille formes. Du temps. Une compétence. Un réseau ouvert. Une idée. Un encouragement.
Le don prend mille formes. Du temps. Une compétence. Un réseau ouvert. Une idée. Un encouragement.
À Caux, nous savons depuis longtemps qu’un lieu comme celui-ci ne vit pas d’abord de ses murs. Il vit de ce que des femmes et des hommes choisissent d’y apporter — et de ce qu’ils et elles emportent ensuite avec eux et elles.
Dans un monde qui se fracture, qu’est-ce qui permet encore de créer des espaces de rencontre et d’espérance ? À Caux, la réponse tient souvent dans une force discrète mais essentielle : le don.
Une écoute.
Une présence.
Un peu de temps donné.
Et parfois simplement ce geste discret qui rappelle à quelqu’un, quelque part dans le monde : tu n’es pas seul.e.
Vous souhaitez soutenir notre engagement ?
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Ignacio Packer est directeur exécutif de la Fondation Caux Initiatives of Change, une fondation caritative suisse engagée dans la promotion de la confiance, du leadership éthique, du mode de vie durable et de la sécurité humaine. Fort de plus de 30 ans d’expérience dans l’humanitaire et le développement, il a travaillé à la Banque européenne pour l’Amérique latine puis à KPMG, avant de devenir un dirigeant reconnu d’ONG et d’alliances internationales depuis plus de 25 ans. Expert en droits humains et en questions sociales, il s’est notamment engagé dans la défense des cadres de protection des migrants et des réfugiés, en particulier des enfants et des jeunes.
