Diriger juste : là où commence la justice sociale
Un blog d’Ignacio Packer, directeur exécutif de Caux Initiatives of Change
17/02/2026
Diriger aujourd’hui, c’est naviguer dans un monde d’incertitudes, de transformations rapides et d’attentes humaines croissantes. Entre performance économique et responsabilité sociale, de nombreux·ses dirigeant.e.s ressentent une tension nouvelle, souvent silencieuse mais bien réelle. À l’occasion de la Journée internationale de la justice sociale, et dans le prolongement d’échanges récents à Caux avec des responsables d’entreprises, Ignacio Packer, directeur exécutif de la Fondation de Caux, propose ici une réflexion sur ce que signifie diriger avec justesse à notre époque. Une invitation à prendre du recul sur le rôle du leadership dans un monde en mutation.
Le 13 février, au Caux Palace, nous avons parlé avec des dirigeant.e.s d’entreprises d’un paradoxe devenu presque banal : leurs entreprises tiennent encore… mais leurs équipes fatiguent.
Au début, personne n’a parlé d’IA.
On a plutôt parlé de réunions de direction difficiles. De collaborateurs et collaboratrices compétent.e.s qui ne partent pas, mais qui ne proposent plus. De décisions économiquement justes, mais qui laissent un malaise diffus.
Et à un moment, un dirigeant a résumé ce que beaucoup pensaient : « Je dois transformer mon entreprise, mais je ne veux pas devenir celui qui abîme les personnes. »
Cette phrase, pour moi, est au cœur de la Journée mondiale de la justice sociale que nous célébrons le 20 février. Aujourd’hui, la justice sociale ne se joue plus seulement dans les lois ou la redistribution. Elle se joue dans les décisions quotidiennes de milliers de dirigeant.e.s. Elle se joue dans des choix très concrets : réorganiser, automatiser, réduire un poste, demander un effort supplémentaire… ou attendre.
Aujourd’hui, la justice sociale se joue dans les décisions quotidiennes des dirigeant.e.s.
Une nouvelle responsabilité silencieuse
Aujourd’hui, beaucoup de dirigeant.e.s vivent la même tension. D’un côté : coûts, pénurie de compétences, instabilité du marché, IA. De l’autre : fatigue humaine, perte de sens, engagement fragile. Les assurances suisses le confirment : l’épuisement est devenu une cause majeure d’absence longue durée.
Mais les dirigeant.e.s n’ont pas le luxe d’attendre.
Car quelque-chose est en train de changer profondément. L’entreprise n’est plus seulement confrontée à une crise économique ; elle se trouve au croisement de transformations technologiques, sociales, écologiques et humaines. Dans ce contexte, diriger ne consiste plus seulement à optimiser une organisation. Il s’agit de tenir un cap dans l’incertitude sans perdre les personnes en chemin.
C'est moins l’IA qui change le travail… que les dirigeant.e.s
On parle beaucoup de ce que l’IA va remplacer. Mais la vraie question devient : qui portera la responsabilité humaine des décisions optimisées par des machines ? L’IA analysera mieux. Elle décidera souvent plus vite et plus juste économiquement. Mais une question restera humaine :
Cette décision est-t-elle juste pour les personnes concernées ?
Le rôle des dirigeant.e.s bascule alors de gestionnaire de performance à architecte de trajectoires humaines.
Diriger ne consiste plus seulement à optimiser une organisation. Il s’agit de tenir un cap dans l’incertitude sans perdre les personnes en chemin.
Ignacio Packer
Ce que nous avons compris à Caux
Après plusieurs échanges avec des dirigeant.e.s, une évidence est apparue : le problème n’est pas d’abord technique. Il est intérieur.
Beaucoup savent quoi faire, mais hésitent sur comment le faire sans briser la confiance. Ce qui manque n’est pas un outil. C’est un espace pour penser lucidement. Un espace où l’on peut sortir de l'urgence pour redevenir pleinement responsable.
Une expérience, pas une formation
C’est pour cela que nous avons conçu l’immersion avec Chemin 28 à Caux, du 28 au 30 octobre 2026, pour nous pencher sur la question comment diriger avec humanité à l'ère de l'intelligence artificielle.
Ce choix s’inscrit dans une longue tradition : depuis 1946, le Caux Palace est un lieu international de dialogue et de réflexion sur l’éthique, la responsabilité et le rôle des décideurs. Des Principes pour l’entreprise, lancés dès 1994 par la Table ronde de Caux, aux programmes actuels sur le leadership éthique et l’économie centrée sur la personne, cette démarche accompagne depuis des décennies celles et ceux qui voient dans l’humain la clé d’une performance durable.
Il ne s’agira pas d’apprendre l’IA, mais d’apprendre à décider quand tout change. Un temps pour retrouver une boussole intérieure, comprendre ce qui doit évoluer et ce qui doit être protégé, articuler performance et dignité, et transformer sans trahir.
Les dirigeant.e.s ne viendront pas y chercher des recettes. Ils et elles y viendront pour retrouver une posture. Parce qu’au fond, la compétitivité durable repose aujourd’hui sur une qualité rare : la capacité à faire évoluer une organisation sans créer d’injustice.
Justice sociale, concrètement
La justice sociale n’est plus un concept abstrait. Elle se joue quand un.e dirigeant.e annonce un changement sans humilier, automatise sans abandonner, réduit sans détruire, explique sans manipuler…
Dans un monde marqué par des crises multiples et par l’IA, l’entreprise devrait être un lieu de stabilité sociale. Et chaque décision managériale devient une décision de société.
À Caux, nous cherchons à permettre aux dirigeant.e.s d’expérimenter :
- la sécurité d’un espace de confiance,
- la clarté d’une réflexion profonde,
- l'espoir que donne le fait d'avoir un cap clair
- et la capacité d’agir concrètement.
Alors quelque chose peut changer.
Il ne s’agit pas d’être plus gentils, mais d’être plus justes. Car c’est cette exigence intérieure qui permet de transformer l’entreprise sans sacrifier ni sa performance, ni les personnes.
Une conviction
Nous entrons dans une époque où les machines optimiseront les décisions. Mais la cohésion sociale dépendra de celles et ceux qui leur donneront un sens. Diriger demain ne sera pas d’abord une compétence technique ; ce sera une responsabilité humaine.
Et peut-être, finalement, une responsabilité profondément sociale.
Notre événement "Diriger avec humanité à l'ère de l'intelligence artificielle" vous intéresse ? Plongez dans le cadre naturel grandiose du Caux Palace et explorez avec nous comment accompagner les transitions technologiques de manière pleinement consciente, démocratique, respectueuse du vivant.
Il ne s’agit pas d’être plus gentils, mais d’être plus justes. Car c’est cette exigence intérieure qui permet de transformer l’entreprise sans sacrifier ni sa performance, ni les personnes.
Ignacio Packer
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Ignacio Packer est directeur exécutif de la Fondation Caux Initiatives of Change, une fondation caritative suisse engagée dans la promotion de la confiance, du leadership éthique, du mode de vie durable et de la sécurité humaine. Fort de plus de 30 ans d’expérience dans l’humanitaire et le développement, il a travaillé à la Banque européenne pour l’Amérique latine puis à KPMG, avant de devenir un dirigeant reconnu d’ONG et d’alliances internationales depuis plus de 25 ans. Expert en droits humains et en questions sociales, il s’est notamment engagé dans la défense des cadres de protection des migrants et des réfugiés, en particulier des enfants et des jeunes.
Photos: Olivia Chollet & Christophe Koninckx

























