1973: Kim Beazley – « La qualité essentielle d'un homme d'Etat »

Par John Bond

05/07/2021
Kim Beazley square

 

En 1973, les élections nationales australiennes avaient porté au pouvoir un gouvernement travailliste, et Kim Beazley - un visage familier à Caux - avait été nommé ministre de l'éducation. Il était déterminé à faire en sorte que chaque enfant australien reçoive la meilleure éducation possible, et lança une transformation des écoles australiennes.

 

James Haworth, Kim Beazley, SAidie Patterson, John MacGovern, Caux 1954
Kim Beazley (deuxième à partir de la gauche) avec les travaillistes britanniques James Haworth (à gauche) et John McGovern (à droite) et la dirigeante syndicale nord-irlandaise Sadie Patterson (voir l'article de 1954) à Caux.

 

Les écoles étaient alors gérées soit par les églises, soit par l'État, et le ressentiment était immense face aux inégalités de leur financement par l'État. Sous la direction de Beazley, le ministère de l'éducation entreprit de financer toutes les écoles en fonction de leurs besoins, en accordant les subventions les plus importantes aux écoles les plus pauvres.

Lorsque l'Australian National University décerna un doctorat honorifique à Beazley en 1976, l'éloge qui fut prononcée indiquait que son action avait "guéri un ulcère qui suppurait  dans notre société depuis près de 200 ans". «  Les préjugés et l'amertume qui visaient les écoles et leur financement ont reçu un coup mortel grâce à un  financement basé sur les besoins ».

Beazley considère sa première visite à Caux en 1953 comme fondamentale pour son approche politique. C'est là qu'il a découvert l'idée de prendre du temps, seul, pour chercher la direction de Dieu, sans avoir « rien à prouver, rien à justifier et rien à gagner pour soi-même ».

 

Kim Beazley Merrilyn Beazley, Betty Beazley, Caux
Merrilyn, Betty et Kim Beazley à Caux

 

Il s'est alors rendu compte qu'il avait « pris l'habitude de ne pas être absolument précis dans ses déclarations politiques ». Comme il l'a dit lors d'une conférence, « j'ai analysé les erreurs du gouvernement, mais jamais ses vertus ». « C'est là une des formes les plus sournoises du mensonge en politique. J'ai décidé de rechercher chaque jour la manière de vivre la volonté de Dieu, de braquer le projecteur de l'honnêteté absolue sur mes motivations et d'essayer de voir le monde dans la clarté de la pureté absolue... et de l'amour absolu ».

Son regard, sa voix et son approche des gens étaient différents. Sa nouvelle approche m'a montré les possibilités de changement.

La première étape pour lui a été de « s'asseoir et d'écrire une lettre honnête à ma femme ». Et lorsqu'il est rentré chez lui, elle a constaté à son regard et à sa voix que son approche des gens était différente. La vie n'était pas facile pour elle, avec trois enfants et un mari occupé au Parlement à l'autre bout de l'Australie pendant de longues périodes. Elle a déclaré : « J'avais vu de nombreuses ruptures de mariage dans la vie politique. Sa nouvelle approche m'a montré les possibilités de changement ».

 

Sibnath Banerjee, Oscar Leimgruber, Kim Beazley, Caux
(de gauche à droite) Sibnath Banerjee, président des Socialist Trades Unions of India ; Oscar Leimgruber, homme politique suisse ; et Kim Beazley à Caux

 

Certains de ses collègues parlementaires sont hostiles. « Actuellement, le jeune Kim Beazley est confronté à la perspective d'une destruction politique », écrit un chroniqueur politique de premier plan plus tard cette année-là. « Des personnes puissantes et avides de pouvoir craignent que son idéalisme et sa détermination actuelle à rechercher la vérité, quel qu'en soit le prix, puissent coûter au parti travailliste les prochaines élections. L'histoire que ces personnes s'efforcent de colporter et avec un certain succès est la suivante : « Beazley a perdu le sens de la mesure. » Le mot d'ordre est donc « Détruisez-le  ».

Ils ne l'ont pas détruit. Il a été reconduit au Parlement à chaque élection pendant 32 ans. Lorsqu'il a pris sa retraite, le Melbourne Herald a écrit qu'il était « sans conteste l'un des meilleurs membres du Parlement que l'Australie ait jamais eu ».

 

Kim and Betty Beazley, Caux photo: Danielle Maillefer
Kim et Betty Beazley à Caux

 

Il a notamment joué un rôle important dans la promotion des droits fonciers aborigènes, du droit de vote, des soins de santé et de l'enseignement dans 22 langues aborigènes. L'éloge reçu lors de la remise de son doctorat honorifique disait : « Il est devenu populaire ces récentes années de reconnaître les injustices faites aux Aborigènes. Mais au cours du demi-siècle dernier, c'était loin d'être populaire. Au cours de cette période, peu de personnes ont fait autant, et aucune n'a fait plus que Kim Beazley pour susciter ce changement d'attitude ». À sa mort en 2007, trois anciens Premiers ministres ont assisté à ses funérailles.

Kim Beazley a résumé son approche : « Les pensées de Dieu, lorsque elles recoivent la primauté dans la vie d'une personne, apportent aux motivations les plus profondes la vertu de la miséricorde et, avec elle, le remède à la haine qui peut renverser le cours de l'histoire. C'est là l'essence même de ce qui fait la qualité d'un homme d'état ».

 

 

Regardez un court métrage sur Kim Beazley tiré de nos archives.

 

 

Regardez une interview de Kim Beazley sur ses idées et ses visions de l'avenir, 1981 (Musique : David Mills)

 

________________________________________________________________________________

 

Cette histoire fait partie de notre série « 75 ans de récits » qui célèbre le 75ème anniversaire de l'I&C Suisse avec une histoire pour chaque année, de 1946 à 2021. Chaque histoire raconte comment une personne a trouvé l'inspiration et une nouvelle direction à Caux. Si vous souhaitez raconter votre histoire ou celle d'une personne que vous connaissez, merci d’envoyer vos idées par e-mail à John Bond ou Yara Zhgeib. Si vous souhaitez savoir plus sur les premières années d'Initiatives et Changement et sur le centre de conférence de Caux, cliquez ici et visitez la plateforme For A New World.

 

Featured Story
Off
Event Categories
75 stories 75th anniversary

sur le même thème

Su  Riddell

1980: Su Riddell – A new start in life

In July 1980, a one-man show about St Francis, Un Soleil en Pleine Nuit, premiered in Caux. It starred French mime artist Michel Orphelin, and was written by British playwright Hugh Steadman Williams,...

Erik Andren

1979: Erik Andren – Laying foundations for freedom

In 1979, a series of summer conferences for families, organized by Dutch parents, began in Caux. Erik Andren and his wife, Sheila, came from the UK to take part. It was the first of many visits....

Heinz und Gisela Krieg 1981

1978 - Heinz and Gisela Krieg: Take Germany, for example

Among the 450 people who took part in 1978/1979 winter conference in Caux was a large group from Germany. They were there to present an unusual play, Zum Beispiel Deutschland (Take Germany, for exampl...

Alec Smith Arthur Kanodereka

1977: Alec Smith and Arthur Kanodereka – ‘Now I call him brother’

The two colleagues who visited the conference centre in Caux in 1977 from Rhodesia (now Zimbabwe) could not have been more different. One was Alec Smith, the renegade son of the white Prime Minister, ...

Alison Wetterfors and Mary Lean

1976: Alison Wetterfors – A skeleton in the soup pot

Cooking for hundreds of people takes skill and courage at the best of times – and all the more so when your team speaks several languages and includes people who have rarely cooked before....

Conrad Hunte (left) and Gary Sobers walk out to bat against Pakistan 1958

1975: Conrad Hunte – ‘Take courage!’

The West Indian cricketer Conrad Hunte was often at the conference centre in Caux in the years following his retirement from first class cricket in 1967. So much so that he once said that he was havin...

Vendela Tyndale-Biscoe portrait

1974: Vendela Tyndale-Biscoe – ‘A life you could never dream of’

When she came to Caux in December 1974, Swedish actress Vendela Tyndale-Biscoe (then Lofgren) had everything she had ever thought she wanted. That year, at the age of 24, she had been given a permanen...

Nagia Abdelmogney Said

1972: Nagia Abdelmogney Said: ‘Language of the heart’

In 1972, three Egyptian students arrived in Caux. Their visit sparked a remarkable series of exchanges in which more than 200 Arab and British students took part over the next decades. ...

Canon Huata at Caux in national costume square

1971: Canon Wi Te Tau Huata: « J'ai eu l'impression qu'une tonne était tombée de mon dos. »

Pour le 25e anniversaire de Caux en 1971, un avion charter avait amené 124 personnes d'Australasie et du Pacifique, dont un groupe de Māoris de Nouvelle-Zélande. Alors qu'il survolait la côte italienn...

Karl Mitterdorfer square dredit: Danielle Maillefer

1970: Karl Mitterdorfer – « La violence n'est pas une solution »

La magie de Caux réside en partie dans la possibilité qu'elle offre à des personnes issues de zones de conflit du monde entier d'apprendre les unes des autres. Au cours de l'été 1970, des rencontres o...

Cigdem Song of Asia square

1969: Çigdem Bilginer – ‘I was not the centre of the universe any more’

Militant Turkish student Çigdem Bilginer arrived in Caux in 1969 dissatisfied after taking part in student riots against the establishment and the Americans. ‘The American ambassador’s car was burned ...

Ramez Salame credit: Inner Change

1968: Ramez Salame – « J'ai rendu mon arme. »

Ramez Salamé était un étudiant en droit de 21 ans, originaire de Beyrouth, au Liban, lorsqu'il a participé à un cours de formation au leadership pour les jeunes à Caux - un précurseur des nombreux pro...