Le long chemin vers une confiance retrouvée - Leçons de Davos
Par Ignacio Packer, Directeur exécutif Caux Initiatives et Changement
26/01/2026
Après avoir participé à la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos le 22 janvier 2026, Ignacio Packer, directeur exécutif de la Fondation Caux Initiatives of Change, revient sur la question qui l'a le plus marqué : « La confiance peut-elle encore exister dans le monde fragmenté d'aujourd'hui ? » Dans cet article, il explore ce que l'érosion de la confiance signifie pour la démocratie, la coopération et le leadership, et comment le renouveau pourrait commencer.
J'écris ces lignes dans le train qui me ramène du Forum économique mondial de Davos, avec un mot qui résonne dans mon esprit : confiance.
Je me suis rendu à Davos cette année pour trois raisons. Premièrement, D’abord, parce que je tire une véritable énergie de la densité des échanges, ces collisions d’idées, d’expériences et de disciplines qu’il est difficile de recréer ailleurs. Un moment particulièrement marquant a été le déjeuner-débat consacré à la confiance, organisé par le Geneva Graduate Institute, qui a apporté une profondeur et une honnêteté rares à un concept trop souvent employé de manière vague.
Un moment particulièrement marquant fut un déjeuner consacré à la confiance, organisé par le Geneva Graduate Institute, qui a apporté une profondeur et une sincérité rares à un concept trop souvent employé de manière vague.
Ensuite, Davos me confronte à des personnes menant des vies très différentes de la mienne, façonnées par d’autres présupposés et des priorités différentes. Cela me permet de développer ma capacité à écouter avec attention et à comprendre des points de vue que je ne partage pas naturellement.
Troisièmement, je souhaitais participer aux discussions clés sur les systèmes alimentaires, d'autant plus que je viens de rejoindre le Comité consultatif mondial du Global Conscious Food Systems Summit, qui se tiendra plus tard cette année au Bhoutan, sous l'égide du PNUD-CoFSA. À l'heure où les tensions écologiques et sociales s'accélèrent, les systèmes alimentaires sont le domaine où la confiance, le pouvoir et la sécurité humaine se croisent le plus visiblement.
Tout au long de ces conversations, un thème était omniprésent — et pourtant jamais tenu pour acquis : la confiance.
Les dirigeant·e·s s’exprimaient dans des registres très différents. Certain·e·s usaient d’une rhétorique brutale — voire irrespectueuse— quand d’autres faisaient preuve d’une retenue mesurée pour décrire un monde marqué par la fragmentation, les tensions géopolitiques, les ruptures technologiques et l’affaiblissement démocratique. Ce qui m’a le plus frappé, ce n’est pas seulement ce qui était dit à propos de la confiance, mais la manière dont les dirigeant-e-s se comportent lorsqu’elle fait défaut.
De plus en plus, la confiance n’est plus présumée. Elle est gérée.
Les acteurs les plus puissants s’appuient sur des rapports de force, des mécanismes de pression et des cadres transactionnels pour maintenir la coopération. Les alliances sont préservées au moyen de garde-fous et de redondances plutôt que par la confiance. L’Europe parle d’unité tout en poursuivant discrètement une plus grande autonomie. On demande aux entreprises de jouer un rôle de stabilisateur, alors même que la confiance du public dans les institutions continue de s’éroder.
Ces arrangements peuvent permettre aux systèmes de fonctionner à court terme, mais ils ne renouvellent pas leur légitimité.
Des systèmes maintenus principalement par la contrainte, les règles et des accords transactionnels ne permettent pas de rétablir la confiance. Sans légitimité, la paix devient fragile et la démocratie se réduit à des procédures. Les individus peuvent se conformer, mais ils n’adhèrent plus. Avec le temps, cette érosion alimente la polarisation, affaiblit les institutions et accroît le risque de conflit.
C’est pourquoi la question de la confiance ne peut être traitée comme un simple problème de communication ou un ajustement de gouvernance. Elle est, fondamentalement, une question humaine.
Des systèmes maintenus principalement par la contrainte, les règles et des accords transactionnels ne permettent pas de rétablir la confiance.
Un appel à l’action — et un appel au développement intérieur
Ceci est un appel adressé à toutes celles et tous ceux qui exercent une influence — y compris l’actuelle administration américaine et les autres centres de pouvoir mondiaux — pour qu’ils et elles dirigent avec intégrité, disent la vérité, réparent ce qui a été abîmé et choisissent le dialogue plutôt que la domination. Dans un monde sous tension, l’atout le plus stratégique n’est pas le rapport de force. C’est la confiance.
Reconstruire la confiance exige plus que des réformes institutionnelles. Cela requiert un développement intérieur — la capacité d’introspection, le sens des responsabilités et le courage moral. Sans ce travail intérieur, les systèmes externes basculent inévitablement vers le contrôle, la contrainte et la mise en scène de performances.
C’est là que le travail de la Fondation de Caux Initiatives et Changement revêt une importance toute particulière aujourd’hui.
La confiance comme processus humain et relationnel
Depuis des décennies, notre action à Caux aborde la confiance non comme un slogan ou un atout en termes réputation, mais comme un processus profondément humain et relationnel. Elle offre un terrain neutre où les clivages politiques, économiques et culturels peuvent être affrontés avec honnêteté, et où la coopération commence par la responsabilité personnelle et l’intégrité (en savoir plus).
Dans un monde qui évolue vers ce que certains qualifient d’« interdépendance gérée », de tels espaces comptent davantage — et non moins. Des lieux comme le Caux Palace, notre centre de dialogue et de consolidation de la paix, permettent de sortir des postures et des rapports de pression, de se rencontrer au-delà des clivages et de reconstruire les relations qui rendent possible une coopération authentique.
Car, en définitive, la démocratie ne s’effondre pas seulement lorsque les institutions s’affaiblissent.
Elle échoue lorsque la confiance entre les citoyen-ne-s, les dirigeant-e-s et les systèmes est autorisée à disparaître.
Dans un monde sous tension, l’atout le plus stratégique n’est pas le rapport de force. C’est la confiance.
Se rassembler à Caux pour reconstruire la confiance
C’est pourquoi la Fondation de Caux organise son annuel Caux Forum pour la Démocratie du 22 au 26 juin 2026, qui s'ouvrira par une cérémonie spéciale à la Maison de la Paix à Genève. Ce forum crée un espace pour revitaliser la démocratie, raviver l’espoir, favoriser la guérison et renforcer la sécurité humaine, à travers les secteurs et les générations.
Parce que la confiance est profondément humaine, Caux accueillera également le Caux Forum sur les Objectifs du Développement Intérieur du 13 au 17 juillet 2026, autour du thème « L’alchimie du pardon ». En plaçant le pardon et le développement intérieur au cœur du leadership et de la transformation des systèmes, ce forum renforce les fondations personnelles de la paix, de la résilience et de la culture démocratique. Il soutient le passage difficile mais nécessaire de la conformité à la conscience, de la polarisation à la réparation, et d’une coopération performative à une légitimité durable.
Ainsi, la question avec laquelle je quitte Davos n’est pas seulement : la confiance peut-elle encore tenir ?
C’est aussi : que sommes-nous prêt-e-s à faire pour la reconstruire ?
La confiance ne reviendra pas uniquement par des déclarations ou des forums. Elle reviendra si les dirigeant-e-s, les institutions, les entreprises et les citoyen-ne-s choisissent d’investir du temps, du courage et de l’humilité dans la reconstruction des relations, l’écoute au-delà des clivages et l’alignement du pouvoir avec la responsabilité.
Choisir le travail exigeant du « faire ensemble »
Ceci est une invitation à sortir d’une coexistence gérée pour entrer dans une solidarité intentionnelle. Caux offre précisément un lieu pour cela — non pas comme spectateurs, mais comme participants. Non pas pour gérer le déclin, mais pour renouveler la légitimité.
Le travail de reconstruction de la confiance ne peut être remis à plus tard, et il ne peut être accompli seul-e. Il commence là où nous choisissons d’être présent-e-s, de nous engager avec honnêteté et d’assumer la responsabilité du futur que nous façonnons ensemble.
Vous êtes les bienvenu-e-s à Caux.
La confiance ne reviendra pas uniquement par des déclarations ou des forums. Elle reviendra si les dirigeant-e-s, les institutions, les entreprises et les citoyen-ne-s choisissent d’investir du temps, du courage et de l’humilité dans la reconstruction des relations, l’écoute au-delà des clivages et l’alignement du pouvoir avec la responsabilité.
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