«J’espère inspirer d’autres à se lancer dans leur voie avec courage.»
Entretien avec l'artiste Farah Erfani, Émergences musicales 2024
15/11/2025À l’approche de la troisième édition des Émergences musicales Montreux-Riviera, organisée par Fondation de la Saison Culturelle de Montreux en partenariat avec la Fondation Caux Initiatives et Changement, le Caux Palace - lieu emblématique perché au-dessus de Montreux entre ciel, montagnes et Léman - s’apprête à devenir une nouvelle fois un laboratoire créatif hors norme.
Petite sœur des célèbres « Rencontres d’Astaffort » fondées il y a plus de trente ans par Francis Cabrel dans son village natal du Sud-Ouest de la France, les Émergences musicales et leur résidence artistique perpétuent le même esprit : révéler, accompagner et inspirer de nouveaux talents francophones.
Chaque année, neuf jeunes artistes francophones sont choisi.e.s pour perfectionner écriture, composition et présence scénique aux côtés de professionnel.le.s reconnu.e.s dans un cadre inspirant qui rompt la solitude des débuts d'artiste et encourage la rencontre, notamment à travers des concerts intimistes, mais également à travers des actions de médiation culturelle.
C’est dans cet écrin Belle-Époque que la jeune artiste suisse Farah Erfani a vécu une expérience déterminante en décembre 2024. Guitariste, autrice, compositrice et interprète de 25 ans, elle revient avec nous sur son expérience aux Émergences musicales 2024 et son parcours d'artiste, entre héritage familial, quête d’authenticité et lien inattendu avec le Caux Palace.
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Farah, parle-nous de ton parcours musical et comment il a façonné ton identité artistique.
Farah : J’ai commencé à jouer la guitare classique à 10 ans et je l’ai étudiée à Lucerne, même si je touche aussi à la guitare électrique et à la guitare baroque. À 14 ans, j’ai écrit mes premières chansons en anglais, mais ce n’est qu’à 22 ans que j’ai commencé à écrire en français, d’abord pour passer le temps dans le train quand je ne pouvais pas travailler mon instrument. À vrai dire, je ne prenais pas ça vraiment au sérieux, mais j’ai vite remarqué que ces chansons plaisaient et interpellaient.
Il y a deux ans, j’ai pris une année de pause au début de mon master car je voulais travailler et modifier ma technique à la guitare. En parallèle, j’ai pensé que ce serait amusant d’approfondir mon écriture de chansons. De fil en aiguille, sans que je m’en rende vraiment compte, j’ai glissé vers une professionnalisation dans cette voie. Début 2024, après une rupture, j’ai décidé de préparer mon premier concert de chanson solo, « Gainsbourg et moi », et je me suis lancée dans la composition et l’arrangement de chansons de Serge.
Ta famille entretient un lien profond avec Caux. Peux-tu nous en parler ?
Farah : Oui, et c’est une histoire assez folle qui débute avant la Seconde Guerre mondiale et traverse deux générations. Tout commence en Angleterre, avec ma grand-mère et son premier mari, John Howard, frère de Peter Howard, figure du mouvement Initiatives et Changement dans les années 60. Quand John meurt pendant la guerre aux Pays-Bas, une famille hollandaise qui l’avait hébergé écrit à ma grand-mère. Elle décide de se rendre aux Pays-Bas et rencontre le fils aîné de cette famille… qui deviendra mon grand-père et, comme on dit en anglais, « the rest is history ». Un détail encore plus incroyable : mon grand-père est né exactement le même jour que John Howard.
Des décennies plus tard, ma mère découvre un livre sur Peter Howard. Fascinée, elle contacte Initiatives et Changement à Londres, puis est invitée à une conférence à Caux. C’est là qu’elle rencontre mon père et leur histoire d'amour a commencé sur les marches devant salle de spectacle de Caux. Ils se marient en 1985. Caux fait donc partie de mon histoire avant même ma naissance.
Quel effet cela t’a-t-il fait de venir au Caux Palace avec cette histoire familiale, mais également en tant qu’artiste ?
Farah : Il y avait une certaine magie à découvrir le lieu où se sont rencontrés mes parents. C’était un peu mythique, car j’avais entendu parler de Caux depuis ma plus jeune enfance sans n’y avoir jamais été. J’ai retracé leur rencontre en voyant les bancs, les couloirs et les chambres du Palace.
En tant qu’artiste, j’ai eu envie de rendre hommage à leur histoire ; c’est pourquoi je suis en train d’écrire une chanson qui relate leur rencontre, mais elle est encore en chantier.
Caux, c’est là où mes parents se sont rencontrés. Avec mon séjour à Caux, je marchais dans leur histoire.
En 2024, tu a été choisie en tant que jeune artiste francophone émergente pour venir à Caux. Quels moments des Émergences musicales 2024 t’ont le plus marquée ?
Farah : C’est dur de choisir, parce qu’il y en a tellement mais le moment le plus fort a été de chanter la chanson « Les maisons » en lead, devant 400 personnes, sans guitare, accompagnée d’un band. En temps normal, je m’accompagne moi-même Grâce à cette expérience, j’ai découvert que j’adorais le fait de seulement chanter — et que, visiblement, le public aussi.
En quoi la résidence a-t-elle façonné ton écriture ou ta vision de ta carrière ?
Farah : J’ai l’impression que cette résidence m’a permis de comprendre quel était mon style, car j’ai dû confronter mon univers artistique à d’autres, ce qui m’a permis de mettre mon travail en perspective.
Et au niveau de ma « carrière », le fait de rencontrer et d’échanger avec d’autres personnes qui veulent la même chose m’a fait comprendre où j’étais et quels étaient les chemins possibles.
Est-ce qu'il y un projet particulier qui est né ou a été transformé à Caux ?
Farah : Oui, la chanson « Les maisons » m’a humainement marquée. J’ai aussi fait une rencontre importante : Samir Flynn. Nous venons de mondes très différents, lui du rap, moi du classique, mais « Les maisons » nous a réunis. Cette chanson aborde justement le thème des bousculements, des rencontres et des adieux dans la vie.
Cette résidence m’a permis de comprendre quel était mon style, car j’ai dû confronter mon univers artistique à d’autres, ce qui m’a permis de mettre mon travail en perspective.
Si on parle de ta vision en tant qu'artiste, quelles sont les valeurs qui guident ta musique et comment se traduisent-elles dans tes compositions ou performances ?
Farah : Je pense que, fondamentalement, je suis insatisfaite du présent, au niveau personnel comme sociétal. À la recherche d’un remède à cette vacuité, je me tourne vers le passé et les futurs possibles. Peut-être suis-je chroniquement insatisfaite de moi-même et de ce qui m’entoure — mais pas par négativité, plutôt par élan d’idéalisme. Donc mes chansons sont souvent teintées d’une nostalgie d’une époque que je n’ai pas connue. Je cherche des repères, une direction, des espoirs… Et, au milieu de tout ça, il y a l’amour qui débarque à l’improviste.
Tu viens d’une famille multiculturelle. De quelle manière ces racines ont-elles influencé ta musique et ta vision du monde ?
Farah : J’ai parfois l’impression de venir de partout et de nulle part. Ma mère est anglaise, mon père iranien, et j’ai grandi près de Lausanne avant d’aller m’installer en Suisse alémanique à 19 ans.
Toute cette panoplie de cultures et de langues m’a permis de me rendre compte que nos façons d’aborder le monde ne sont pas absolues. À contrario, si l’on reste toujours dans une même bulle, on finit souvent par manquer d’ouverture d’esprit. La même chose s’applique à la musique ! Les influences de différents styles, dans mon cas, le classique, la chanson, le rock, se complètent et se reflètent. Et c’est peut-être justement en enchaînant les contrastes que l’on aboutit à la découverte de soi.
Pour toi, l’art et la musique peuvent-ils contribuer au changement social ou culturel ?
Farah : Oui, tout à fait, car l’art reflète les énergies et les idées ambiantes. Quand on écrit des chansons, on met des mots sur du ressenti.
Cependant, je pense que certaines choses sont plus engagées que d’autres. Pour ma part, j’écris très souvent sans me poser de questions et sans planifier ce dont ma chanson va parler : je travaille, pour ainsi dire, « à l’inspiration ».
J’ai fait une exception pour « Déconnexion », une chanson qui exprime mon malaise par rapport à un monde sans liens, car c’est un sujet qui m’occupe et me préoccupe. C’est un processus d’écriture très différent, mais tout aussi enrichissant, car il faut trouver l’inspiration du moment pour l’idée plutôt que l’idée du moment pour l’inspiration.
Je suis convaincue que l’art peut changer quelque chose — quelle que soit sa source d’inspiration.
Que souhaites-tu transmettre à ton public ?
Farah : J’espère leur offrir un moment suspendu qui leur parle et leur ressemble. J’espère tendre une main empathique à leurs doutes et peurs, qu’ils soient personnels ou sociétaux, et, tout en douceur, leur montrer ma vulnérabilité pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls, et qu’en réalité, nous sommes liés par ce sentiment de solitude.
Finalement, j’espère inspirer d’autres à se lancer dans leur voie avec courage. Cela m’évoque une phrase de Giacometti : « Je pense que la meilleure façon pour un artiste d’être révolutionnaire, c’est de faire son travail le mieux possible. »
J’espère inspirer d’autres à se lancer dans leur voie avec courage.
Parlons avenir...quels sont tes projets en tant qu'artiste et comment des lieux comme Caux ou des événements comme les Émergences musicales pourraient-ils y contribuer ?
Farah : Je suis en discussion avec un label en ce moment, et travailler avec eux m’offrirait un bel encadrement ainsi que différentes opportunités professionnelles. Il y a quelques semaines, j’ai créé mon band et j’ai vraiment hâte de jouer avec eux !
Nous faisons une résidence d’une semaine en Toscane au printemps pour préparer les arrangements de mes chansons. Ensuite, l’idée est bien sûr d’aller en studio pour enregistrer un premier disque. On me demande souvent pourquoi je ne suis pas encore sur les plateformes de streaming : en fait, je veux faire les choses bien, donc je me prépare et je prends le temps nécessaire.
Caux a une énergie tout à fait magique et j’adorerais y retourner pour un projet musical si l’occasion se présente ! Quant aux Émergences, je suis très reconnaissante de faire partie de cette famille ; pouvoir y contribuer serait un honneur.
Après l'expérience des Émergences musicales, quel conseil donnerais-tu aux jeunes artistes ?
Farah : Oser. Avoir du culot. On ne perd souvent pas grande chose à essayer, et il faut éviter de prendre les refus personnellement. Envoyer des messages à des gens qu’on ne connaît pas pour collaborer, organiser des concerts ou des résidences soi-même (ce que j’ai fait l’été passé), s’inscrire à plein de tremplins… Bref, créer du lien avec le public et d’autres artistes. C’est ça qui permet d’avancer, de trouver, et même de créer, des opportunités !
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Le saviez-vous ? Le Caux Palace ouvre ses portes aux artistes et aux organisations culturelles pour des résidences créatives, selon disponibilités. Avec sa situation géographique exceptionnelle, il est l’endroit idéal pour stimuler la créativité et se ressourcer loin du tumulte quotidien.
Lancement du projet de restauration du mur de soutènement du Caux Palace
23/10/2025
La Fondation Caux Initiatives et Changement est fière d'annoncer le lancement de la restauration du mur de soutènement du Caux Palace, un projet patrimonial majeur qui se déroulera au cours des trois prochaines années.
Reconnu comme monument historique d'importance nationale, au même titre que le château de Chillon et la cathédrale de Lausanne, le Caux Palace occupe une place particulière dans le patrimoine architectural suisse. Pour marquer le début des travaux, la télévision suisse RTS a consacré un reportage au projet dans le cadre de son émission d'actualités régionales Couleurs Locales.
🎥 Regardez le reportage ici
Premières phases : 2025
Les premières étapes du projet – phases 0 et 1, qui se dérouleront de septembre à novembre 2025 – se concentrent sur la partie sud du mur.
Quand l'innovation rencontre la tradition
Deux domaines clés définissent cette phase :
- Stabilisation et renforcement des fondations grâce à une solution innovante et écologique à base de biociment, mise au point par l'entreprise locale primée Medusoil. Ce choix traduit notre volonté d'allier préservation du patrimoine et pratiques durables.
🎥 Regardez la courte vidéo sur cette solution
- Restauration de la maçonnerie historique à l'aide de techniques et de matériaux du début du XXe siècle afin de préserver l'aspect authentique du mur. Les travaux sont réalisés par Roger Simond SA, spécialiste de la rénovation historique qui apporte son expertise exceptionnelle dans le domaine des mortiers traditionnels et de la maçonnerie. Cette première opération permettra de tester et de valider les méthodes de réparation et de consolidation qui guideront la restauration complète.
Un engagement en faveur du développement durable et du patrimoine
Au-delà de ses objectifs structurels, ce projet reflète la mission de la Fondation qui consiste à préserver le patrimoine grâce à une action durable. Une gestion respectueuse de l'environnement, une utilisation efficace des ressources et le respect de l'artisanat traditionnel sont au cœur de cette initiative.
Nous adressons nos sincères remerciements à Loterie Romande, Pro Patria, Ernst Göhner Stiftung, Baer SA, IofC Norden et à nos donateur.rice.s individuels pour leur généreux soutien qui a permis de réaliser cette première phase.
Aidez-nous à préserver l'héritage du Caux Palace - Votre soutien fait la différence
Avec près d'un tiers de notre objectif de financement déjà atteint, nous avançons avec confiance. Chaque geste de soutien, petit ou grand, nous rapproche de notre objectif : faire en sorte que ce monument historique continue d'inspirer les générations futures.
🔗 En savoir plus sur le projet et comment y participer
Les arts et l’imagination, moteurs de paix – Points saillants de la Geneva Peace Week 2025
22/10/2025
La 12e édition de la Geneva Peace Week (13–17 octobre) a réuni des milliers d’artisan.ne.s de la paix, de diplomates, d’artistes et d’acteurs et actrices du changement autour du thème « La paix en action ». Cette année, Caux Initiatives of Change a eu l’honneur de présenter trois événements explorant comment la créativité, la pleine conscience et les arts peuvent inspirer des formes de construction de la paix plus compatissantes et résilientes.
Atelier « La paix en pratique » : arts et pleine conscience pour un meilleur monde
Le 14 octobre, Caux Initiatives et Changement a accueilli un atelier artistique transformateur animé par Maruee Pahuja (Inde), consultante en arts expressifs et artiste visuelle, et Ines Mokdadi (Tunisie), coordinatrice des événements internationaux à la Fondation de Caux. Elles font également partie de notre initiative Creative Leadership, portée par des jeunes qui placent la créativité et l’empathie au cœur de la construction de la paix.
À travers le mouvement, le silence, le dessin et l’écriture créative, les participant.e.s ont exploré comment l’imagination et les arts expressifs peuvent nous aider à renouer avec la compassion — envers nous-mêmes et envers les autres. Des exercices introspectifs tels que « Comment votre meilleur ami vous décrirait-il ? » jusqu’aux explorations autour de la lumière, de la photographie et de la poésie, l’atelier a offert un espace pour faire une pause, réfléchir et redécouvrir le potentiel créatif au cœur de la paix.
Comme l’a rappelé Maruee : « Choisissez de faire de la vie un médium pour la construction de la paix : nous commençons par l’imagination, nous commençons par la lumière, nous commençons par la plus petite créature — car même la plus petite peut porter une révolution. »
Cette session a mis en lumière la manière dont l’expression créative nourrit l’espoir, la pleine conscience et la résilience, nous aidant à dépasser les polarisations et à renouer avec l’empathie.
La paix en mouvement: explorer l’intersectionnalité géopolitique et les espaces publics à Genève
Le vendredi 17 octobre, le Dr Gal Harmat (Swisspeace) et Sarah Noble (responsable pour l'engagement global, Caux Initiatives et Changement) ont animé une promenade réflexive à travers Genève sur le thème de l’intersectionnalité géopolitique et de la paix, explorant comment les espaces publics reflètent et façonnent notre compréhension de la paix, du genre et de l’identité.
De la sculpture "Façade" de Monika Sosnowska à l’Institut de hautes études internationales et du développement, jusqu’à la Broken Chair, la fontaine de Places des Nations, et les mémoriaux de Sbrenica et du génocide contre le Tutsi, les participant.e.s ont été invité.e.s à réfléchir à des questions telles que :
- Qui est représenté.e dans l’art public – et qui est absent.e ?
- Quelle souffrance et quelle résilience sont commémorées ?
- Comment les normes de genre et sociales influencent-elles nos paysages urbains ?
Le Dr Harmat a également souligné que 96 % des sculptures publiques en Europe occidentale et en Amérique du Nord représentent des hommes, tandis que les figures féminines ou queer sont souvent sans visage ou passives — un déséquilibre qui façonne notre perception de l’art comme de la paix: « La paix est petite, fragile et a besoin d’être réanimée — et c’est peut-être à nous d’en prendre soin. »
Cette visite a invité les participant.e.s à porter un regard neuf, curieux et attentif sur la ville — et sur la paix elle-même.
De gauche à droite : Sarah Noble, Léa Baroudi, Alvaro Quiroz, Maruee Pahuja, Barbara Aebischer, H.E. Ambassador Sabine Bakyono Kanzie
Cérémonie de clôture : Rencontres Arts et Paix – Comment les arts bâtissent des ponts
La Cérémonie de clôture de la Geneva Peace Week 2025, organisée par la Fondation Caux Initiatives et Changement en partenariat avec la Geneva Peacebuilding Platform, a réuni des artistes, des artisan.ne.s de la paix, des diplomates et des acteurs et actrices du changement pour réfléchir au rôle des arts dans la construction de la paix.
L’événement s’est ouvert sur une émouvante performance de spoken word de Maryam Bukar Hassan, dont les vers ont incarné le courage et l’imagination au cœur de la paix.
La modératrice Sarah Noble (Caux Initiatives et Changement) a souligné que la créativité et la culture sont des forces vitales qui guérissent et réinventent la paix.
Les intervenant.e.s comprenaient :
Léa Baroudi (MARCH Lebanon) a partagé comment d’anciens ennemis à Tripoli sont passés du conflit à la création grâce au théâtre communautaire, démontrant que l’art peut briser les barrières, permettre la vulnérabilité et rétablir les liens d’humanité. Plus de 700 jeunes hommes ont participé à ces programmes, et beaucoup sont aujourd’hui artisans de paix dans leurs propres communautés.
L’artiste Álvaro Sebastián Quiroz Bolaños (Brigada 12 | Mexique) a souligné le rôle de l’art comme outil de dignité et de mémoire, en évoquant des initiatives telles que des ventes aux enchères d’art et le projet « Echoes of Reality » en hommage aux défenseurs et défendeuses des droits humains. Il a montré comment l’art aide à redonner visibilité et dignité aux oubliés, tout en créant des espaces d’espoir.
L’artiste visuelle indienne Maruee Pahuja a évoqué la manière dont les arts, au sein des programmes Creative Leadership, ont permis aux participant.e.s d’imaginer le leadership autrement – avec empathie, curiosité et légèreté plutôt qu’avec hiérarchie et épuisement : « L’art nous offre un langage lorsque les mots ne suffisent plus. »
Barbara Aebischer (Direction du développement et de la coopération – DDC/ DFAE) a expliqué comment la culture offre un environnement neutre et créatif, propice au dialogue, à la responsabilité et à la compréhension mutuelle. En citant l’exemple du Mozambique, elle a décrit comment la musique peut être un outil puissant pour exprimer la résilience, surmonter les traumatismes et partager espoirs et rêves, tout en créant des ponts entre les communautés.
Son Excellence l’ambassadrice Sabine Bakyono Kanzie (Burkina Faso) a expliqué comment certaines traditions culturelles, comme la « parenté à plaisanterie », permettent d’atténuer les divisions, de renforcer la confiance et de créer un langage commun en diplomatie.
La cérémonie s’est achevée avec le poème slam « Cœur et Esprit / Heart and Spirit » de Naël Melerd, rappelant avec émotion que la paix doit être guidée non seulement par la raison, mais aussi par le cœur.
Dans son discours de clôture, Annyssa Bellal, directrice exécutive de la Geneva Peacebuilding Platform, est revenue sur l’énergie et l’impact de cette édition de la Geneva Peace Week, marquée par la participation de plus de 5000 personnes, 200 intervenant.e.s et 135 organisations à travers plus de 100 activités. Elle a remercié les membres du conseil, les partenaires du consortium, les bénévoles, le personnel et les sponsors dont l’engagement a rendu cette semaine inspirante possible.
Poursuivre le voyage
À travers la réflexion créative, le mouvement conscient et le dialogue artistique, les événements organisés par la Fondation Caux Initiatives et Changement lors de la Semaine de la paix de Genève ont mis en lumière la manière dont l’imagination et la collaboration peuvent donner vie à la paix en action. Les participant.e.s ont été invité.e.s à poursuivre cet élan — et à se joindre aux Rencontres Arts et Paix de Caux (CAPE) 2026 (10–13 mai 2026) pour continuer à explorer la créativité, la compassion et le dialogue.
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Photos: Eve Brenot, Tina Clifton and Mélanie Lam
« L’IA ne sauvera pas la démocratie. Les gens oui! »
Un blog d’Ignacio Packer, directeur exécutif de Caux Initiatives of Change
14/10/2025
Stockholm, le 13 octobre 2025
Vendredi dernier, lors de la Semaine de la démocratie de Genève, nous avons coorganisé un débat de type “Oxford” autour de la motion : « Ce panel estime que l’IA sauvera la démocratie. » La discussion a été inspirante, animée — et, au final, lucide. Car la vérité est simple : l’IA ne nous sauvera pas. Croire le contraire n’est pas seulement naïf — c’est dangereux.
Au Caux Palace, notre centre de dialogue et de construction de la confiance situé au-dessus de Montreux, nous accueillons des échanges dans un lieu conçu pour l’écoute. Et c’est là que je vois clairement ce qui peut véritablement protéger la démocratie : des règles solides et applicables, capables de suivre le rythme d’une technologie en constante évolution.
- Des incitations repensées — ce que nous valorisons, promouvons ou sanctionnons — pour mieux aligner intérêts privés et bien commun.
- Un investissement dans les personnes, afin de développer les compétences, les habitudes et le courage nécessaires à une participation responsable.
J’écris ces lignes depuis Stockholm, où s’ouvre cette semaine le Sommet des objectif de développement intérieur (IDG).
Alors que les Objectifs du développement durable (ODD) fixent des cibles pour le monde, les IDG mettent l’accent sur les capacités intérieures nécessaires pour les atteindre : empathie, pensée critique, courage, résilience.
Ces capacités comptent aujourd’hui plus que jamais, car l’IA peut accélérer tout autant les forces que les fragilités de la démocratie.
Les limites de l'IA
L’IA centralise le pouvoir ; la démocratie, elle, le diffuse. L’IA peut amplifier la manipulation, alors que la démocratie repose sur une conviction responsable.
Les algorithmes offrent de la rapidité là où la délibération est nécessaire, et dissimulent des décisions dans des boîtes noires là où la transparence est essentielle. Les réseaux sociaux nous ont déjà donné un avertissement : on nous promettait davantage de connexion, mais le résultat a été une méfiance accrue.
De meilleurs outils ne remplaceront jamais de meilleures personnes.
Les compétences qui soutiennent la démocratie
Depuis des décennies, Initiatives et Changement agit « de l’intérieur vers l’extérieur », en cultivant l’intégrité, l’empathie, le courage et la collaboration concrète. Ces capacités intérieures constituent la base indispensable sur laquelle les règles, les contrôles et la technologie peuvent fonctionner efficacement.
Sans elles, l’IA tend à amplifier nos pires instincts : l’indignation plutôt que la réflexion, la facilité plutôt que la responsabilité, la passivité plutôt que la participation.
- Parmi les compétences que j’essaie de pratiquer personnellement :
- Un esprit d’apprentissage, lorsque les réponses semblent trop évidentes.
- Une pensée critique et systémique, lorsque certains arguments « sonnent juste ».
- L’empathie dans la différence, pour comprendre la diversité des points de vue.
- La co-création, lorsque la complexité dépasse toute expertise individuelle.
- Le courage, pour dire la vérité, même lorsqu’elle dérange ou qu’elle est impopulaire.
L’IA peut aider, mais elle ne peut faire grandir ces forces intérieures.
La démocratie repose sur notre capacité, à nous les humains, à les développer nous-mêmes.
Expérimenter les idées en public
Pendant la Semaine de la démocratie de Genève, nous avons mis ces idées à l’épreuve.
À la Maison de la Paix, aux côtés de la Fondation Kofi Annan, du DCAF, de Polisync et de l’EPFL, nous avons débattu autour de la question : « L’IA : sauveuse ou fossoyeuse de la démocratie ? »
La conclusion a été claire : la technologie seule ne peut pas sauver la démocratie. Ce sont les personnes, les institutions et les communautés qui déterminent si elle la renforce ou l’affaiblit.
Une gouvernance solide de l’IA est essentielle — mais les règles, à elles seules, ne suffisent pas. La démocratie n’est pas un produit à télécharger, c’est une pratique à cultiver — en nous-mêmes, dans nos foyers, au sein des communautés et des institutions.
C’est tout l’esprit du Programme de Caux pour la démocratie (2024–2027) et de ses forums annuels, où diplomates, acteurs et actrices de la société civile, jeunes et artistes s’exercent à l’écoute à travers les différences, au débat honnête et à la responsabilité partagée — des compétences qu’aucun algorithme ne saura reproduire.
Replacer l’humain au centre de l’action
À la Fondation Caux Initiatives et Changement, notre vision est celle d’un monde démocratique où les personnes agissent avec responsabilité et conscience de leur interdépendance. Dans ce monde, l’IA est un outil transparent et responsable, au service de la dignité humaine. Aujourd’hui, l’IA nous éloigne souvent de cette vision. La solution n’est pas de rejeter la technologie, mais de recentrer l’action humaine. Pour cela, il nous faut une régulation de l’IA efficace, des incitations repensées, et — surtout — un investissement dans les personnes.
L’IA ne sauvera pas la démocratie. Les gens, oui. Seuls des citoyens mieux formés, mieux connectés et mieux ancrés pourront défendre les valeurs démocratiques qui nous sont chères. L’humain d’abord. Les outils ensuite. Alors, l’IA pourra enfin devenir ce qu’elle doit être : utile.
La démocratie peut être ce qu’elle doit être : la nôtre !
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Ignacio Packer est directeur exécutif de la Fondation Caux Initiatives et Changement, une fondation privée d’utilité publique suisse dont la mission est d’offrir un espace sûr et privilégié pour inspirer, outiller et connecter des individus, des groupes et des organisations du monde entier, afin de favoriser un engagement efficace et innovant en faveur de la confiance, du leadership éthique, d’un mode de vie durable et de la sécurité humaine. Ignacio possède plus de 30 ans d’expérience dans les domaines humanitaire et du développement. Expert des droits humains et des questions sociales, il s’est fortement engagé dans le plaidoyer international pour la protection des migrant.e.s et des réfugié.e.s, avec une attention particulière portée aux enfants et aux jeunes.
Caux Forum pour la démocratie 2025 : le rapport complet est désormais disponible
08/10/2025
Le Caux Forum pour la démocratie 2025 (du 8 au 12 juillet) a réuni plus de 350 participant.e.s venu.e.s de plus de 45 pays au Caux Palace afin de réfléchir et d'agir sur le thème « Revitaliser la démocratie – Vers des sociétés inclusives et pacifiques en Europe et dans le monde ».
Fondé sur les valeurs d'humanité, d'intégrité, de confiance, de courage et d'espoir, le Caux Forum pour la démocratie 2025 a servi de catalyseur au dialogue, à la collaboration et au renouveau moral à un moment où la démocratie mondiale est fragile.
Lire le rapport complet en anglais



































































